Boudin noir à l'haïtienne

Boucherie & boudin noir

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Lorsque j’étais enfant, mon père s’arrêtait sur une base hebdomadaire le mardi ou le vendredi chez le boucher, visites que je détestais. Il y passait un temps fou qui semblait interminable à l’enfant que j’étais qui ne pouvait qu’attendre impatiemment la livraison de la commande de viande, d’abats ou de boudin du jour.

Tout de cet environnement me déplaisait. Nous étions accueillis par la forte odeur de chair fraiche et fumée qui nous emplissait les narines. Une horde de mouches, venues comme nous se procurer leur festin du jour, nous tenait aussi compagnie à l’intérieur autant qu’à l’extérieur de la voiture garée le long de la route devant la boucherie.

Nul besoin de vous expliquer plus en détails que ces visites étaient un véritable cauchemar. J’observais de mauvais gré mon père blaguant avec le boucher et pointant du doigt ou d’un signe de tête les morceaux de viande de porc, de bœuf ou de cabri qui lui convenaient, et le boucher enfonçant à coups secs sa machette dans la chair de l’animal pour en extraire de gros morceaux de viande qu’il plaçait dans des sachets en plastiques, sachets que j’avais en horreur car à mes yeux ils étaient tous tâchés de sang ; sachets dont j’héritais souvent pour mon malheur car mon père les plaçait à mes pieds ce qui rendait le reste du trajet insupportable. Je faisais des efforts surhumains pour éviter tout contact avec le sachet de viande crue dont je ne pouvais attendre de m’éloigner.

Les victuailles obtenues du boucher incluaient souvent un morceau de boudin noir dont raffolaient ma mère et ma sœur qui en faisaient un festin à notre arrivée à la maison sous mon regard dégoûté. A l’époque, je n’arrivais pas à me faire à l’idée qu’elles puissent manger le boudin noir qui n’est autre que du sang de porc cuit épicé embossé dans des boyaux.

Aucun être sensé ne pouvait autant aimer du sang et des intestins cuits!

Enfin, c’est ce que je pensais à ce jeune âge où je subissais les visites chez le boucher.

J’ai longtemps boudé notre boudin haïtien jusqu’au jour où, prise de curiosité et fatiguée de me sentir exclue de ces festins familiaux, je mis de côté mes idées préconçues pour en goûter.

Durant mon adolescence, j’exerçai ainsi mon palais à apprécier le boudin de porc si bien épicé que la majorité des haïtiens font frire en tranches épaisses qui noircissent et deviennent croustillantes dans l’huile chaude.

Aujourd’hui, je dis fièrement que je figure parmi ces être insensés qui aiment tant le boudin noir qu’ils en mangent parfois tel quel sans le frire. Nous avons effectivement découvert au fil des ans que le boudin frais est aussi bon sinon plus savoureux que le boudin frit. Consommé tel quel, notre boudin a une texture onctueuse comparable à celle d’un pâté riche et crémeux ou même d’un fromage, comme dirait ma mère.

J’aime tant notre boudin qu’il m’arrive parfois d’en avoir une folle envie et de supplier mes parents, qui ne s’arrêtent plus chez le boucher, de faire une visite à la boucherie d’antan pour s’en procurer un morceau.

Qui aurait cru que des années plus tard je développerais un goût pour cette préparation ? Petite, j’aurais certainement été la dernière à le croire. J’imagine aussi que certains d’entre vous ont un peu de difficulté à se laisser convaincre de goûter à notre boudin.

A ceux-là je dis simplement qu’il s’agit d’une spécialité haïtienne que vous devriez prendre la chance d’essayer. Dites-vous simplement qu’il s’agit d’un morceau de pâté (ou pourquoi pas de fromage) épicé et agrémenté de piment bouc.

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