Loquat, contre la nostalgie

| commentez

Me croiriez-vous si je vous racontais que ce fruit apaisait ma nostalgie alors que j’étudiais à l’étranger?

Telle a été ma surprise lorsque je m’en rendis compte un jour de printemps à la Nouvelle Orléans. Je me promenais à pied avec des amis étrangers quand j’aperçus au loin une grappe de fruits jaunes qui me paraissaient étrangement familiers.

Je n’en croyais pas mes yeux. Après tout j’étais dans une ville où la température n’était pas tout à fait celle de mes montagnes de Fermathe. Il était donc peu probable que je trouve ce fruit rare que j’avais moi même découvert et dégusté durant mon adolescence. Enfin, c’est ce que je croyais. Mais une lueur d’espoir m’envahit quand même lorsque j’en cueillis quelques-uns que je m’empressai d’essuyer sur mon maillot et d’éplucher avec mes ongles tout en évitant de porter le fruit entier à la bouche comme je l’aurais fait chez moi.

J’hésitais encore, mais mon doute se dissipa aussitôt que j’en goûtai un. Il s’agissait bel et bien de loquat et ils avaient le goût lakay. Debout sur ce trottoir, à milles lieux de ma terre natale, j’étais dans mes mornes Haïtiens à savourer ce fruit acidulé. J’en étais heureuse.

Je n’arrivai cependant pas à convaincre mes amis que ce fruit était comestible, ce qui ne m’étonna pas. J’avais déjà l’habitude de ces regards surpris en Haïti où les loquat ne sont pas très connus. Ces arbres poussent surtout dans nos mornes où la température est plus fraiche. Ceux qui en connaissent les fruits ont donc ou grandi dans la zone, comme moi, ou y passaient leur vacances autrefois.

Je n’ai moi même découvert ce fruit que très tard. Je crois que mon père en ramena un jour et nous les dégustons depuis. Nous avons au moins trois arbres dans notre cour et une fois par an nous nous rassasions de leurs fruits arrondis ou en forme de poire dont la chair juteuse varie de l’acidulé au sucré selon la branche.

A chaque récolte, nous faisons découvrir ce fruit à notre entourage. A bien réfléchir aujourd’hui, je pense que c’est parce que ce fruit est encore méconnu qu’il m’apporta tant de joie lorsque je le trouvai au détour de ce chemin à l’étranger. Je crois bien que cette trouvaille me donna le courage de continuer. Je savais désormais qu’un simple fruit comme le loquat pouvait me ramener chez moi ne serait-ce que l’espace d’un moment.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *