Ecossons des pois congo

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« Rale ti chèz ba’w, vinn kale pwa » (Tirez une chaise basse en paille, et venez éplucher des pois).

Vous devez certainement vous demander ce qu’un arbre a à voir avec une chaise basse. A vous je dis, rale ti chèz ba’w, vinn tande (prenez une chaise basse en paille, et écoutez).

Lorsque nous étions petits, mes frères et sœurs et moi passions parfois nos journées chez ma grand-mère qui habite une maison perchée au haut d’une montagne escarpée que nous considérions alors comme étant « notre » montagne à nous seuls. Il faut dire qu’à l’époque elle n’avait pas de voisins et était entourée de terrains que cultivaient les abitan de la zone. Ces heures passées chez elles étaient pleines de découvertes pour nous. En effet, tout comme nos escapades dans les hauteurs de Kenscoff nous permettaient de découvrir de nouveaux fruits, nos journées chez ma grand-mère nous mettaient en contact direct avec Mère Nature. Bien que nous n’étions pas autorisées à trop nous éloigner de la maison, nous gravissions souvent le morne avoisinant et assistions de près ou de loin à de nombreuses récoltes.

Le bel arbre illustré ci-dessus et ses fleurs jaunes et rouges agréables à regarder poussait sur le terrain avoisinant. Il se retrouvait le long du sentier battu que nous empruntions souvent lors de nos courtes marches. Nous étions attirés par ses gousses de pois connues sous le nom de pois congo; gousses auxquelles il nous était interdit de toucher avant la récolte.

Je crois que c’est la seule interdiction que nous ne violions pas. Nous savions qu’après les récoltes nous aurions la joie de regarder écosser les pois, un processus qui nous fascinait.

En effet, à chaque récolte, la cuisinière recevait des paniers remplis de gousses de pois congo. Elle s’asseyait alors sur sa chaise basse en paille et, entourée de son panier et d’un bol, se mettait à écosser les pois avec dextérité. Elle arrivait à ouvrir chaque gousse et à en extraire les grains en un tour de main sous nos regards impressionnés.

Elle s’arrêtait parfois pour nous montrer sa technique. Nous observions alors ses moindres faits et gestes avec encore plus d’attention. Aujourd’hui encore je la revois gousse en main ouvrant habilement la coque à l’aide de son pouce avec une telle facilité que nous pensions pouvoir l’imiter sans difficultés, ce qui n’était pas forcément le cas.

Certes, nous arrivions à faire sortir les grains des coques mais jamais comme elle. Nos petits doigts ne maitrisaient pas vraiment sa technique et nous abandonnions nos tentatives à tous les coups. En fait, les grains de pois congo ne nous intéressaient pas trop; notre rêve était surtout d’arriver à les écosser aussi vite qu’elle sans avoir à déchirer la gousse. Vu que nous n’y arrivions pas ce n’était pas la peine pour nous de continuer.

Nos tentatives infructueuses ne nous éloignaient pas pour autant de la cuisinière et de sa chaise en paille. Nous nous tenions à côté d’elle durant tout le processus et respirions l’agréable odeur de pois frais qui se répandait dans l’air.

Ces petits moments, je ne les oublierai pas. La vue de cet arbre de pois congo m’apporte comme une bouffée d’air frais qui me rappelle mes journées au sommet de « notre » montagne. Je m’assiérais bien sur une chaise basse en paille pour revivre ces moments d’insouciance de mon enfance.

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