This homegrown plum is from our backyard in Haiti. | tchakayiti.com

Le prunier mesquin

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J’ai publié la version originale de cet article il y a 4 ans, le 6 aout 2015. La mise à jour 2019 inclut de nouvelles photos incluant la douzaine de prunes que nous avons récoltées ce matin. J’espère que les années à venir seront encore plus fructueuses.

Avec ses melons, ananas, abricots des Antilles,maïs et maintenant quenêpes, l’été nous aura bien gâtés cette année. A lire ces mots, vous vous demandez certainement pourquoi donc mon article est ainsi intitulé.

Comment un arbre peut-il être qualifié de « chich » (mot créole qui veut dire mesquin)?

Le prunier qui pousse dans notre cour l’est certainement. Il refuse catégoriquement de nous donner la joie de profiter pleinement de ses fruits. Nous savons bien que ce genre d’arbre fruitier prend au moins 13 ans avant de produire son premier fruit, mais celui-ci en particulier y a mis du temps. J’avais 17 ans lorsqu’il se décida finalement à nous gratifier de son premier fruit: une délicieuse prune juteuse et acidulée; une petite prune que nous avions dû nous partager à nous six; une petite prune qui nous a bien donné faim.

Je ne suis pas prête d’oublier cette expérience carrément frustrante. Cet été là, tout plein d’espoir, nous avons passé des heures à observer chacune des branches du prunier à la recherche d’un second fruit que nous ne trouvâmes pas. Nous y avions mis autant de temps car je dois vous dire qu’en plus d’être mesquin, ce prunier est aussi cachotier!

Ses fruits, il les cache bien ou les porte sur ses plus hautes branches, en témoigne cette photo que j’ai prise cette année. Une prune verte est quasiment impossible à trouver. Il faut qu’elle commence à mûrir et qu’elle tourne donc au rosé puis au mauve pour qu’elle soit visible.

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Chaque année, nous attendons impatiemment l’arrivée du mois d’août.

Nous rêvons d’une abondante récolte d’au moins une douzaine de prunes.  Cependant, ce n’est qu’il y a huit ans que nous avons finalement été gâtés. Cette année là nous avions eu une récolte de près d’une dizaine de fruits, la plus grande que nous ayons jamais eue. Je n’avais malheureusement pas pu en profiter vu que cet arbre malin avait choisi l’année de mon départ pour l’étranger pour en produire autant. A croire qu’il l’avait fait volontairement.

Je suis convaincue que cet arbre a un esprit calculateur. Depuis cette récolte, il produit juste assez de fruits pour que chacun de nous ait la chance d’en trouver un. En effet, depuis 2005, nous n’arrivons à cueillir que cinq à six prunes maximum. Un arbre intelligent, ne pensez-vous pas ?

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Vous devez donc comprendre ma relation conflictuelle avec ce prunier.

Vous devez sans doute vous dire que nous devrions au moins nous réjouir à l’idée qu’il soit au moins assez attentionné pour s’assurer que nous ayons chacun un fruit. Mais, à ma place, que feriez-vous si vous ne pouviez cueillir qu’un seul fruit toutes les deux semaines dans une maison de six personnes? Prendriez-vous le premier fruit auquel tout le monde veut goûter ou attendriez-vous la toute dernière prune en espérant que les autres auraient satisfait leur appétit d’ici là? Et si un mauvais temps la faisait tomber de sa branche ?

Ce sont les questions que je me pose cette année surtout que mon frère qui a pratiquement mangé la première prune seul, en réclame déjà une seconde. Heureusement qu’il repart bientôt pour ses études et que les fruits de ce prunier tardent à murir! N’allez surtout pas lui répéter mes derniers mots. Ce sera notre petit secret. 😉

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