Zanmann, amande tropicale

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Il n’y a pas comme une sieste à l’ombre d’un “pye zanmann” pour se ressourcer. Il n’y pas non plus meilleure dégustation que celle des fruits de cet arbre. L’enfant que j’étais peut vous en dire long.

Les zanmann ont en effet marqué une grande partie de mon enfance et toute mon adolescence. C’était le rendez-vous des cousins qui se réunissaient après les classes dans la maison familiale de nos fameux cerisiers aux fourmis.

Un pye zanmann extrêmement fertile rendait effectivement nos passages dans cette cour encore plus amusants. Entre cousins, nous profitions des abondantes productions de cet arbre dont les meilleurs fruits n’étaient accessibles que du haut de l’arbre et donc du toit de la maison. Les plus intrépides d’entre nous, notamment les plus grands qui étaient autorisées à le faire, grimpaient souvent l’escalier métallique menant au toit pour se rapprocher des branches regorgeant de fruits. Ils ramenaient des zanmann au reste du groupe qui n’osait escalader ou faire fi des menaces des adultes qui ne les y avaient pas autorisés.

Ces cueillettes étaient devenues au fil du temps notre « program du vendredi, » notre activité préférée du vendredi. Je nous revois encore poches remplies à déborder et jupe d’uniforme repliée sur elle-même chargée des fruits de notre récolte qui, tout comme les cerises mentionnées plus haut, nous donnait encore l’occasion de faire chanter les adultes.

« Wouy timoun nou pral tache rad nou, » – vous allez vous tâcher les vêtements, les enfants – était une rengaine que nous connaissions par chœur et à laquelle nous prêtions rarement attention, pour ne pas dire jamais.

Vêtements tâchés ou pas, notre « program » de zanmann agrémentait nos après-midi. Nous nous partagions les fruits dont nous savourions la chair à la fois sucrée et acidulée. Un de nos jeux favoris était d’arriver à casser la coque interne du fruit avec nos dents pour pouvoir déguster le noyau de ce fruit que nous appelions aussi nannan. Ceux d’entre nous qui avaient des dents de lait plus fragiles s’armaient plutôt d’une roche qui servait à écraser la coque. C’était un véritable triomphe lorsque nous arrivions à extraire le noyau entier car, tout en étant bien logé dans sa coque, ce dernier ne résiste pas facilement aux chocs et est donc vite écrasé ou même pulvérisé.

En été, lorsque nous passions plus de temps dans cette maison du Canapé-Vert, nous récoltions aussi les zanmann séchées pour en extraire les noyaux. Roche en main, nous nous asseyions à même le sol à la recherche de noyaux que nous partagions en quantité équitable. Il va sans dire que nous avions aussi développé l’art de casser la coque au bon endroit pour préserver ce nannan ou amande qui est aujourd’hui grillé et commercialisé.

Pour ceux d’entre vous qui ne le connaissent pas, zanmann désigne chez nous un fruit connu ailleurs sous le nom d’amande tropicale ou d’amande-pays dans les Antilles françaises, fruit qu’il ne faut pas confondre avec les amandes traditionnelles.

De forme ovale légèrement aplatie, l’amande tropicale à une peau verte comestible qui devient jaune à maturité. Sous cette peau se cache une couche fibreuse tirant sur le mauve ou le blanc, selon la variété de zanmann, qui recouvre une coque coriace semblable au liège. C’est cette coque que nous écrasions pour en extraire l’amande douce.

A vous raconter ces histoires et vous décrire les fruits ayant marqués mon enfance, je réalise combien j’ai été chanceuse d’avoir pu profiter pleinement de cette maison familiale. Entre le cerisier aux fourmis, les cocotiers desquels on devait éviter de s’approcher et ce “pye zanmann” nous avons eu une enfance heureuse sous le chaud soleil de mon Haïti « Cherie.»

7 Comments:

  1. Martine Romain Megie

    Que d’hymnes d’amour a ton pays, Annick! Et aussi a une enfance heureuse. Ca, je le recois comme un compliment!.

    1. annick says: Post author

      It was a great childhood! Keep on reading the blog, I’ll try my best to help you relive the best moments I had then 🙂

  2. Rose

    Those zanman were my favorite snacks too, next to « pistache griye » and they were free. Just pick’em and chew’em that juicy sweet yet tart flesh then break your teeth the get that diamond out which never works si you gotta use a stone. Those were the days. I can relate girl. EC

  3. Anonymous

    I love your blog
    There is nothing like those almond
    I was fortunate enough to spend my childhood in the mountains of Lavallée de Jacmel where my siblings and I savored these fruit that taste much different to those we can find in the US. True organic fruits 🍉 😋

  4. Ernst

    I was just snacking on some almonds and suddenly it reminded me of something familiar I used to enjoy while growing up in Haiti. So, I typed pye zanmann into my Google search and there I found your delightful article confirming that familiarity/similarity which suddenly dawned on me.

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