Pour l’amour du « graten »

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Un enfant se faufile dans une cuisine, soulève le couvercle recouvrant une casserole de riz en cuisson et verse un peu d’huile en s’assurant qu’elle coule au fond de la casserole.

Son objectif? Obtenir une croûte de riz plus épaisse que d’habitude au fond de la casserole. Cette croûte sera servie à l’heure du dîner et il devra se battre pour en avoir assez ce qui explique qu’il se faufile dans la cuisine au risque de se faire réprimander pour avoir osé jouer avec le repas du jour durant sa cuisson.

Ce scénario est basé sur une histoire vraie. Cette histoire, qui m’a été racontée par ma mère, décrit quelques-uns des mauvais tours que jouait son cousin à la cuisinière lorsqu’il était enfant.

Comme beaucoup d’Haïtiens, ce dernier aimait la croûte de riz épaisse. Il l’aimait tant qu’il traquait tous les mouvements de la cuisinière aux heures de préparation de la nourriture afin de pouvoir s’infiltrer dans la cuisine car l’accès à cette pièce lui avait été interdit lorsque le repas était sur le four.

A un très jeune âge, il avait découvert le secret du « graten » (lisez: gratin) : l’huile. Il se faisait donc un devoir de s’assurer qu’il y avait toujours assez d’huile dans la casserole. Quelques gouttes d’huile ajoutées durant les dernières minutes de cuisson suffisaient pour qu’une épaisse croûte se forme au fond du récipient.

Pour ceux qui ne le savent pas, plus il y a de graten moins il y a de riz à servir. C’est donc une des raisons pour lesquelles l’accès à la cuisine lui était interdit. Son espièglerie réduisait les parts de riz de la tablée.

Les Haïtiens aiment particulièrement le «graten» de riz et de maïs moulu. Ce terme désigne la partie de la nourriture qui reste collée au fond d’une casserole durant la cuisson et qui peut être otée en une couche croustillante. Le graten se sert avec le repas chez de nombreuses familles et peut provoquer des disputes animées.

Chez moi, la dispute dépendait de ce qui restait de la petite assiette de graten après que l’un d’entre nous s’en soit servi. Celui qui arrivait en dernier accusait toujours l’autre de n’en avoir pas laissé assez. Et quand il s’agissait de maïs la querelle était encore plus animée surtout que c’est le graten préféré de mon père. Avocat et graten doivent absolument figurer au menu lorsque ce dernier inclus du maïs moulu.

Vous vous rappelez mon article qui précisait que les Haïtiens ne mangeaient pas sans riz ? Vous pouvez désormais ajouter le graten à cette liste ! Je vous recommande donc de ne jamais jeter le graten lorsqu’il y en a.

Rappelez vous simplement qu’il n’y en aura jamais assez pour satisfaire l’appétit de tous vos convives sauf si bien sûr un jeune garçon se faufile dans la cuisine pour ajouter de l’huile au fond de la casserole durant la cuisson comme l’a si bien fait ce grand cousin.

6 Comments:

    1. annick says: Post author

      So did I by reading your blog entry! First time I get such detailed instructions on how to make the perfect graten or « concón » as you guys call it on the other side of the island!

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