Une fillette & un bouyon tèt kabrit

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Une nuit étoilée…une longue table de fortune…une chaudière où mijote un bouyon tèt kabrit…des bougies rondes de couleur rose et orange…des éclats de rires…des conversations animées…

Six petites jambes perchées au-dessus d’un meuble branlant…trois paires d’yeux fascinés rivés à une fenêtre…

Parmi eux, ceux d’une fillette de huit ou neuf ans très déçue…

A regarder ce qui se passe au dehors, elle ne peut s’empêcher de souhaiter être plus âgée. Si seulement elle avait été plus grande, elle aurait eu accès à la cuisine à cette heure tardive et en aurait profité pour se faufiler au dehors. Elle aurait alors été de la fête.

Elle aurait aussi finalement accepté de goûter à ce fameux bouyon tèt kabrit qui, pour une raison incompréhensible, avait réuni tant de monde autour de cette table. La fillette ne comprenait pas trop pourquoi ces adultes étaient si heureux de se retrouver autour de cette soupe.

Il s’agissait, après tout, d’un bouyon tèt kabrit, et ce nom, comme elle l’avait découvert durant la journée, était vraiment une indication du contenu du bouillon qui mijotait sur le feu. Sans compter qu’il avait répandu une odeur fort désagréable dans la maison.

Au départ, elle n’avait pas osé croire que le mot bouyon tèt kabrit voulait dire qu’une tête de cabri ou de chèvre faisait partie des ingrédients clés de cette soupe. Pourtant, un simple coup d’œil par dessus le couvercle avait suffit pour confirmer que les adultes autour d’elle ne fabulaient pas. Un véritable crâne d’animal avait été utilisé pour préparer le bouillon de base.

Et comme si ce squelette n’était pas assez dégoûtant, elle avait également découvert que les intestins de cabri faisaient parti de la préparation. Inutile de vous raconter que ce constat l’avait choquée.

Cependant, à cette heure tardive, en dépit de son dégoût, elle ne pouvait éviter les remords qui l’envahissaient en regardant les adultes faire la fête. De plus, l’enthousiasme de sa sœur pour ce potage ne l’aidait guère. Il l’intriguait plus qu’autre chose.

Comment tous ces gens pouvaient aimer un plat aussi dégoûtant ? Elle avait sans doute eu tort de ne pas en goûter…

Elle se fit donc la promesse d’en goûter la prochaine fois qu’on en préparerait chez elle.

Lorsque, des années plus tard, on prépara un bouyon tèt kabrit, elle fut la première à se présenter avec une cuillère près de la chaudière.

Grande fut sa surprise de découvrir combien ce plat était exquis. Elle comprit finalement ce jour-là pourquoi ces gens avaient été si heureux de se retrouver à la table de ses parents lors de cette soirée.

Aujourd’hui, cette petite fille qui n’est autre que moi au cas où vous ayez encore des doutes concernant son identité, ne négocie pas son bouyon tèt kabrit. J’avoue aussi qu’elle n’est pas non plus prête d’oublier avoir été exclue de ce fameux réveillon du 31 décembre !

Note : Je ne sais pas encore préparer notre bouyon tèt kabrit haïtien. Je promets d’en partager la recette avec vous la prochaine fois qu’on en préparera chez moi.

6 Comments:

  1. Missmo

    Oh si ! j’avais bien compris qu’il s’agissait bien de vous chère Annick. Lol. J’espère avoir l’occasion d’en regoûter bientôt.

    1. annick says: Post author

      transformé en blé et légumes par quelle magie? lol. blague mise de côté, vous en trouvez chez vous?

  2. Missmo

    Lol. Oui dans les petits magasins tenus par les Haïtiens. Mais j’ai passé une petite semaine « lakay » pendant les fêtes de Pâques.

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